Médée Furieuse


Eugène Delacroix (1798 – 1863)

 


MédéeFurieuse 1838

huile sur toile 260 x 165
Nuremberg


 


L’auteur


 

Eugène Delacroix est un peintre Français né en 1798 et mort en 1863 de la tuberculose. Il est considéré comme une grande figure du romantisme. Très jeune, il montre une disposition toute particulière pour l’art, essentiellement pour la peinture et la musique. En 1822, il expose une de ses premières œuvres ,Dante et Virgile aux enfers qui engendre un succès énorme. Son tableau plait énormément mais est tout de même beaucoup critiqué.
 
 Un de ses autres grands succès fut La liberté guidant le peuple.
En 1832, il quitte Paris et voyage au Maroc ainsi qu’en Espagne. 
En 1857, après 20 ans d’attente et d’obstination, Eugène Delacroix est élu à l’institut des Beaux Arts, section Peinture au XIIIème siège. Il décède en aout 1863.


L’oeuvre : 


Delacroix se réfère à un personnage mythologique de la tragédie antique, Médée, qui abandonnée et trahie par Jason, s’apprête à assassiner ses enfants.

La magicienne Médée, fille du roi de Colchide, a aidé Jason et les Argonautes à conquérir la Toison d’Or contre son père. Par amour pour son mari Jason, elle a commis des crimes atroces : son frère a été coupé en morceaux, et le tyran Pélias est mis à bouillir par ses propres filles. Exilé avec Médée en Corinthe, Jason se voit proposer par le roi Créon un mariage avantageux avec sa fille. Médée, répudiée, offre une tunique empoisonnée à sa rivale. Sentant ses deux enfants menacés par Créon, Médée s’apprête à les tuer elle-même plutôt que les laisser tuer par d’autres.


C’est le moment précédant tout juste ce drame que Delacroix nous livre. Médée, acculée dans sa grotte, semble, plutôt que furieuse - comme l’indique le titre - effrayée par des poursuivants invisibles pour le spectateur mais dont le surgissement parait imminent, ce qui renforce la tension dramatique.

La lumière pénètre dans la grotte par la gauche, modelant avec sensualité les chairs généreuses.


La sauvagerie exprimée à travers le décor (la grotte, la terre, les herbes) et les personnages (chevelure, gestes) contraste avec la richesse du bijoux sur la tête de la reine.

La dague, seul élément vertical interférant dans cette composition pyramidale, viendra meurtrir la rondeur de ces rondes chairs enfantines (Le garçon blond est inspiré de la Vierge aux Saints Innocents de Rubens (Louvre))


La résolution de Médée se lit sur son profil et son poing refermé sur la dague, sa rage dans les couleurs de la robe.


Analyse : 


• L’artiste a également représenté le moment qui précède l’infanticide : Médée tient un poignard dans sa main gauche et retient ses deux enfants de la droite.


• Si l’on trace des lignes de force, la pyramide des corps constitue un triangle qui unit étroitement les enfants à leur mère, comme pour figurer l’attachement de Médée à ses enfants. Les diagonales se rejoignent sur le visage éclairé de l’enfant. La lumière entre par la gauche et éclaire une partie des corps, mettant en avant les formes généreuses de Médée, rappelant la femme et la mère.


La lumière met également en valeur la contrariété exprimée par le regard de l’un des enfants qui se débat pour échapper à l’emprise de sa mère.

• Toute la tragédie de la scène est rendue par le décor sauvage de la grotte, les couleurs sombres dont se détache la couleur rouge du vêtement de Médée ; la chevelure noire et défaite de Médée, l’ombre sur le haut de son visage qui cache l’expression du regard, l’attitude des deux enfants insiste sur la furie qui possède Médée, comme le souligne aussi le titre de l’oeuvre. À cela s’ajoute la détermination de Médée qui serre le poignard avec force.


• Le peintre a choisi de représenter Médée l’infanticide, le poignard à la main.

Ce tableau insiste sur l’effroi de Médée, traquée, semblant vouloir protéger ses enfants et elle-même d’une menace extérieure, imminente. En même temps, il engendre, pour qui connaît la fi n
de l’histoire, l’effroi : furieuse, comme le souligne le titre de l’oeuvre, Médée va se résoudre à retourner l’arme qu’elle tient contre ses enfants. Là encore, le peintre semble fasciné par la monstruosité du geste tout en accordant des circonstances atténuantes à la meurtrière.


Sources littéraires et musicales


La Médée de Delacroix s’inspire de la littérature antique (Euripide, Sénèque), de la tragédie de Corneille (1635), et de l’opéra contemporain (Médée à Corinthe de Simon Mayr en 1823, Norma de Vincenzo Bellini en 1831).


 Jean Anouilh nous propose une autre version du mythe de Médée.